Historique
Revel est née tardivement de la volonté d’un roi. Elle en conservera toujours la trace. Philippe VI de Valois était alors soucieux de donner son unité à la France. Dans un Sud-Ouest encore très clairsemé de possessions anglaises, les bastides tendaient se multiplier. En 1342, les rues de Revel, bastide royale, commencent à s’organiser géométriquement autour d’une halle exceptionnelle, la plus grande que l’on puisse voir aujourd’hui dans notre pays, et dont la charpente reste un indiscutable chef d’œuvre de l’art populaire. La France se dessine, et s’affirme peu à peu au sein de la grande civilisation européenne. Elle absorbe de multiples influences venues de l’étranger, et tout particulièrement, sous le règne de François 1er, de l’éblouissante Italie.
Bientôt, les modes de vie vont évoluer. Le quotidien des puissants devient plus sédentaire, le coffre, conçu pour une vie de déplacement, fait place au meuble : cabinets, tables, armoires, bureaux vont apparaître. Et un peu plus tard, le style Français. Avec le Louis XIII commence une ère nouvelle : le meuble s’habille d’ébène, d’incrustation ou de marqueterie. L’ébénisterie est née. Sous Louis XIV, la mode sera au placage d’éléments colorés : écaille, cuivre, étain ; au XVIIIe, c’est la marqueterie ; sous l’Empire domine la feuille d’acajou, tandis que la Restauration aura un faible pour le bois de pays.
Dès le XIXe, les grands noms : Boulle, Oeben, Riesner, Saunier, Roentgen, Cramer, seront souvent copiés, notamment dans les ateliers du faubourg Saint-Antoine, à Paris. C’est là que le jeune Alexandre Monoury fait son apprentissage, sous l’égide de son parrain, le célèbre Dubois, fournisseur du roi. Né à Versailles en 1837, il s’établit à Revel en 1888, après un parcours quelque peu romanesque et fonde, outre sa propre dynastie, ce qui va devenir le plus grand centre français de l’ébénisterie. Véritable virtuose de la marqueterie, Alexandre Monoury se consacre d’abord à la restauration de meubles. Dès son installation, il forme des apprentis. Antiquaires et grands collectionneurs lui confient leurs plus belles pièces, mais bientôt, cette clientèle parisienne grossit et s’entiche de ses copies et des créations personnelles qui lui sont inspirés par les meubles du XVIIe et le XVIIIe. Le succès est foudroyant. Trois ans plus tard, Revel compte déjà d’autres entreprises spécialisées dans le meuble de style. De sorte qu’à la fin du siècle, la production nationale se partage à peu près entre Revel et le faubourg Saint-Antoine, à Paris. |